Le canton de Matane : une première au Québec
Cette chronique porte sur le canton de Matane, non pas le comté de Matane, mais bel et bien sur le canton de Matane. Comme nous allons le découvrir bientôt, le canton de Matane possède une caractéristique unique dans l’établissement des cantons au Québec.
De nos jours, le terme « canton » est peu utilisé pour désigner une zone géographique. Il n’en fut pas toujours ainsi. Voyons d’abord comment est apparue l’institution des cantons au Québec.
La délimitation du territoire en cantons est une forme de partage du sol, une méthode de concession de terre. Rappelons qu’au cours de la période de la Nouvelle-France, le partage du sol s’est fait au moyen du régime des seigneuries. À ce titre, la seigneurie de Matane fut concédée en 1672 alors que Mathieu D’Amours en fut le premier seigneur. Mais, lorsque les Britanniques sont devenus maîtres de la province de Québec, après la bataille des Plaines d’Abraham, les autorités impériales de Londres ont introduit un nouveau concept d’allocation de territoires, à savoir : l’établissement des cantons. Dès décembre 1763, le gouverneur général James Murray est autorisé à « établir des townships [cantons] de dimension et d’étendue suffisantes… ».
Toutefois, dans la pratique, il a fallu attendre l’Acte constitutionnel de 1791 avant que le nouveau système de division du territoire de la province en cantons s’implante un peu partout. Une région du Québec, en particulier, les Cantons de l’Est, fut celle qui a vu s’établir les premiers cantons ; le premier à être créé officiellement fut celui de Dunham en 1796. Au cours des années qui vont suivre, outre dans les Cantons de l’Est, des cantons sont créés surtout en Outaouais, et dans la région proche de la ville de Québec.
Revenons à notre canton de Matane. Il fut proclamé officiellement le 15 décembre 1834, soit 38 ans après celui de Dunham et il fut le 102e canton à être créé au Québec. En 1834, les cantons situés à l’est de Québec sont très rares ; en fait, on n’en dénombre que deux, l’un près de Montmagny et l’autre dans le Kamouraska. Ainsi, le canton de Matane est le plus ancien de tout l’Est du Québec.
D’une superficie imposante d’un peu plus de 31 000 hectares, il est situé à la limite ouest de la seigneurie de Matane et s’étend jusqu’aux limites est de l’actuelle localité de Métis-sur-Mer ; il comprend une partie de l’arrière-pays de ce territoire.
En plus d’être le plus ancien de l’Est du Québec, le canton de Matane possède une caractéristique unique qui le distincte de tous ceux créés avant lui : les 101 cantons créés à partir de 1796 avaient tous été désignés par des noms anglais, alors que celui de Matane fut le premier au Québec à être désigné avec un nom à graphie française.
À partir de cette date, l’utilisation des noms français dans la désignation des cantons s’est largement répandue.
Bien qu’une étude plus recherchée serait nécessaire pour approfondir ce sujet, il est permis de croire que le nom de Matane possédait, au 19e siècle, une personnalité distincte pour qu’il ne soit pas substitué par un nom anglais dans la désignation de son territoire.
Louis Blanchette